Une audience pour un pachyderme

Année 8
Chakra bleu

Le mastodonte Hattori Baoru patientait comme tout bon marchand à l'entrée de la tour du Roi des rois. Contrairement à un plus farouche personnage, l'obèse reconnaissait son rang et ne ferait rien pour mettre en péril la précaire acceptation de son marché au sein de Kumo. Puis, en Kumojin respectueux de l'autorité doublé d'un Hattori fier de sa maison, il savait que Masashi, le Roi des Monstres, resterait inatteignable pour sa commune existence. Aussi, Baoru ne s'était jamais voilé la face en pensant un jour pouvoir se rapprocher de la famille régente. Même son utopique mariage avec la vipère de son clan ne cachait aucun dessein malveillant. Baoru avait choisi la voie du commerce et avec elle, acceptait de n'être qu'un simple pion pour le compte des plus puissants. Mené sa petite affaire passerait toujours en second après le service à son clan, sa nation, son Roi.

Pour Baoru, l'intendante Hidemi était tout ce qu'il y avait de plus sacré et sachant que ses idées d'expansion se devaient d'être soumises à son jugement, elle était devenue la seule et unique personne d'intérêt à ses yeux. Après tout, pour un Hattori de bas étage comme lui, les légendes des couples régents lui suffisaient pour confirmer sa foi en la puissance Hattori. Peut-être était-ce d'ailleurs pour cela que son amitié avec le fils honni du clan Miwaku l'avait tant surpris : contrairement à Raiko, Baoru n'avait jamais sentie cette hargne dévastatrice. Un appétit insondable certes, pour toutes choses affiliées de près ou de loin à la luxure et au vice, mais rien d'incontrôlable. Avec du recul et la mort de son ami, le Roi des Porcs se demandait d'ailleurs si Raiko n'avait pas tenté de s'approprier cette faim. Malgré les années, il lui était toujours apparu si mystérieux.

« J'espère pouvoir être entendu bientôt... Me creuser la tête me creuse le ventre... »


Comme de juste, un lugubre grognement remontait de son estomac.

Publié le 15/08/2019 à 02h06

Chakra bleu

Trois semaines d'arrêt et les meilleurs médecins de Kumo suffirent à guérir la terrible Hattori Hidemi. Depuis lors, elle était particulièrement hargneuse et elle semblait enchaîner les réunions pour rattraper son retard. Depuis ce matin, elle rencontrait des commerçants véreux et des crapules. Les rendez-vous ne duraient que rarement plus longtemps que 10 minutes et il terminait de temps en temps par des emprisonnements. Hidemi n'était absolument pas d'humeur à faire entendre raison aux plus hystériques du villages. Ainsi, deux gardes Kumo vinrent à sortir de son bureau avec le célèbre revendeur d'images cochonnes du village. Il osait vouloir sortir des cartes permettant d'apercevoir les Kunoichi nues. Ce village n'était pas Konoha. Sous ses vêtements, la femme était recouverte de nombreux bandages, mais ceci était invisible, elle tenait à ne pas être considérée comme faible.

« Bordel, je patauge dans l’imbécillité la plus totale... »

Dit-elle à vois basse en jetant un œil au nom du prochain individu souhaitant audience. Et ce nom n'était que peu étonnant pour l'intendante. Effectivement, Hattori Baoru venait de perdre un marché de taille avec la mort de Miwaku Raiko et il était plus que certain qu'il voyait en cela un manque à gagner. Et qu'allait-il proposer comme idée saugrenue ? Tenter de faire commerce à Konoha ? Ce gros pervers en était bien capable. Alors qu'elle était assise sur son bureau entourée de plusieurs piles de documents, elle se mit à beugler :

« Hattori Baoru, c'est à ton tour ! »

Elle ne doutait pas du fait de se faire entendre au travers du couloir et des escaliers avoisinants. La salle d'attente était suffisamment proche pour cela. Le lourd avancement du pachyderme se faisait lui aussi entendre, il n'allait pas tarder à pénétrer dans la salle. Le tutoiement était de mise, elle connaissait très bien ce sale type. En tant que sommation, elle dit alors :

« Fermes la porte derrière toi. »

Publié le 15/08/2019 à 13h09

Chakra bleu

Baoru fit ce qu’on lui ordonna : de son épaisse paume, il engloba la poignée et ferma la porte avec délicatesse. Le marchand s’interdisait de s’asseoir avant qu’on ne l’ait invité ; sa respiration s'accéléra, signe de sa nervosité.

« Hidemi-dono, merci de m’accorder ce moment. »


Le marchand d’opium était un être intelligent et la réputation de sa vis-à-vis n’était plus à faire. Sur les traits de l’intendante, l’obèse décelait des signes d’impatience, sans pourtant parvenir à s’imaginer la cause. Baoru se devait de surveiller ses prochaines paroles et s’arma de son sourire de marchand sympathique.

« Hidemi-dono, vous n’etes sans doute pas sans savoir que comme tout bon marchand qui se respecte, je me dois de surveiller les événements et saisir les opportunités qui me permettront de me développer. Aussi, je viens à vous sans prétention aucune pour demander la permission d’établir de nouvelles stratégies qui profiteront sans aucun doute à Kumo comme à moi-même. »


L’obèse déglutit. Trop parler lui donnait soif.

« Depuis quelques temps, mon champ d’expertise s’est vu réduit suite à des changements imprévus. J’ai donc décidé d’élargir mes horizons et de ne plus seulement me confiner au périmètre restreint du quartier des plaisirs. J’ose croire y avoir acquis suffisant d’expérience. L’opium est une bonne source de revenue et je n’aurais sans doute pas pu jouir de mon héritage si ce commerce n’avait pas été profitable. Je ne vous ferai pas non plus l’affront de vous mentir que la gloire de Kumo est mon seul désir : l’avarice a toujours été l’un de mes péchés... »


Nul charlatan n’ignorait la perspicacité de l’intendante de Kumo. Jouer franc jeu serait sans doute la meilleure des combinaisons. Les doigts boudinés du gros marchand s’entortillèrent.

« J’aimerais avoir la permission de monter un business d’import-export de notre opium, pour éventuellement m’élargir et faire voir au monde entier le talent Hattori. Avec la fin de la guerre, l’économie sera bonne pour Kumo. Bien que mes connaissances soient maigres sur le sujet, j’estime que nous pourrions élargir nos frontières d’au-moins 30%. »

Publié le 16/08/2019 à 03h31

Chakra bleu

Bingo. C'était plus que prévisible que le porc agisse ainsi. Les commerçants de Kumo étaient de plus en plus envieux du fait de vouloir commercer avec le monde. Ceci était sûrement lié avec le fait que l'Empire ne semblait plus être en expansion de puis de nombreux mois. Masashi avait été clair sur le sujet la masse commerçante était logiquement dans un entendement tacite entre les villages. Considérés comme des civils, il était totalement interdit de mettre à mal un revendeur quelconque. La Hattori le savait, son supérieur était idéaliste. Pour autant, il se fichait bien des commerçants et ils étaient aisément remplaçables. C'était plutôt avantageux de s'en servir comme tampon entre Kumo et Konoha.

Assise sur son bureau, la femme saisit un formulaire pour ensuite le placer au bout de la table (c'était le seul espace disponible pour cela).

« Tu dois remplir ce formulaire et officialiser chaque sortie du village. Nous augmentons le bénéfice de Kumo de 30% lorsque le produit est vendu dehors. Je te laisse bien évidemment augmenter tes prix en considération. La mort de Raiko est un véritable manque à gagner pour la plupart des seigneurs marchands. J'ose croire qu'il est plus que temps de relancer l'économie du village. »

Elle réajusta ses lunettes.

« Tu remarqueras tout en bas du formulaire que tu es protégé par le village de Konoha une fois sur place. Nous ne pourrons ainsi plus rien faire pour toi. Pour autant, nous pouvons te confier un garde du corps, c'est un commerce légal. Comme tu le sais, le prix est assez élevé, mais totalement justifié. Les Shinayaka sont coûteux en terme de formation. Il pourra te protéger sur la route et te permettre une chance de survie si fuite il y a. »

Hidemi n'était pas vraiment confiante vis à vis du dernier point. Une fois dans un village ninja, il était difficile d'imaginer en sortir vivant en prenant ses jambes à son cou. Elle observait son interlocuteur avec calme et patience.

Publié le 17/08/2019 à 14h45

Chakra bleu

Baoru ne s'attendait pas à une réponse aussi positive. Seigneur marchand ou pas, son titre n'était rien pour l'intendance ; un pion dans l'économie Hattori. Aucun problème pour l'obèse, il se conformerait à chacune des demandes. Comme suggéré à Kazuna, le Roi des Porcs était un être qui ne s'intéressait qu'aux profits ; les petites formalités ne rajouteraient pas un plis dans son menton.

« Évidemment ~ cousine ! J'ai toujours été moi-même un grand passionné des traces légales. Ce document sera rempli adéquatement à chacune de mes sorties. Soyez-en assurée, Hidemi-dono ! »


Il se gratta le torse. L'intendante avait raison, la sécurité primait.

« J'ose croire que cette proposition peut s'accompagner de quelques suggestions ? Shinayaka, de braves garçons à en croire les rumeurs. Mais je n'en connais aucun. Et combien demanderez-vous pour une telle bête ? »


Publié le 22/08/2019 à 17h47

Chakra bleu

« Je ne peux que te vanter les mérites de Shinayaka Kaemon. Son prix est élevé, mais sa droiture égale ses capacités au combat. Je suppose que tu pourrais nécessiter d'un peu de franchise et de bon sens dans ton entourage. »

Hidemi profitait volontairement de l'occasion pour rappeler à cet individu qu'il n'était qu'un simple marchand et qu'il ne valait pas grand chose aux yeux de la Kunoichi. Tout en rectifiant la position de ses lunettes, elle reprit :

« Qui plus est, le prix habituel ne peut comprendre le fait d'entrer au sein de ce village. Je préfère qu'il campe à plusieurs kilomètres et qu'il t'abandonne si tu ne reviens pas. À moins que tu puisses débourser 345 pièces d'or. À cette condition, il t'accompagnera aux toilettes si tu le souhaites. »

Le prix était élevé et la monnaie était volontairement ancienne. Les pièces d'or n'étaient utilisées qu'entre les plus riches. Le petit peuple n'en avait pas usage.

« Évitons de nous permettre de telles familiarités, je ne suis pas ta cousine. »

Franche, sincère, peste et forte. Des mots qui résumaient parfaitement l'intendante. Le prix proposé était suffisamment élevé pour rembourser les frais de formation du Shinobi en cas de mort, mais cela ne plairait certainement pas au Raikage et le gros allait sûrement recevoir un savoir pour faire prendre un tel risque à un ninja.

Publié le 27/08/2019 à 00h02