Une flamme au cœur de la glace

Année 1 | Hiver
Chakra bleu

À cette époque, Aïko n'avait que quinze petites années, mais était déjà confronté à la difficulté de cette dure vie. Vivant seule, sans aucune forme de soutien quelconque, elle fuyait les hommes, aussi bien que eux la fuyait. C'est pourquoi elle vivait recluse de la société, craignant que le monstre qu'elle était reprenne le dessus sur ses tentatives de le canaliser. Parfois même, elle se demandait à quoi bon vivre cette vie, ou à quoi bon résister. Parfois, elle caressait du bout des doigts cette envie qui la prenait au ventre : celle de tout détruire, et de tuer sans se soucier des conséquences. À cette simple pensée, elle se prenait la tête, de douleurs.

Sa situation n'avait rien d'enviable. Bien qu'elle possédait une grande et confortable tenue de fourrure, qu'elle avait été obligé de voler soit dit au passant, elle peinait à survivre au froid glacial des contrées de Yuki, surtout que l'hiver commençait à se manifester. Elle était tiraillée entre deux envies : celle de survivre, et de fuir cet endroit avant que le froid ne la condamne, et celle de se laisser tomber dans la neige, jusqu'à que le givre ne congèle son corps, et emporte sa vie. Ne parvenant à se décider, elle errait, sans but, sans savoir où elle allait. Ses pas la mèneraient vers sa destinée. Devait-elle mourir ici, ou vivre ? Et si jamais elle devait vivre, trouverait-elle une raison, un objectif ? Celui de guérir lui semblait impossible, inaccessible... devait-elle accepter sa situation pour autant ?

« Survis... Accroche toi à cette vie... et répand le chaos, et la mort. »

Cette voix dans sa tête retentit. Chaos, mort, et survie. La femme tremblait, alors que des premiers signes de métamorphose apparaissait.

« Oui... Destruction. Larmes. Cœur. Faim. »

Aïko tombait les genoux en premiers, dans la neige, se tenant la tête. Elle ne voulait pas de ça. Poussant un hurlement de douleur et d'agonie, elle parvint à retenir cette pulsion, et reprendre son apparence d'origine. Haletante, elle prit un moment à se redresser. Le bas de ses jambes étaient trempées, et glacées, et son estomac grognait de faim. Elle devait manger. Elle devait se réchauffer. Ou bien, se laisser mourir. À nouveau, ce dilemme se présentait... mais le jour où elle accepterait de se laisser mourir, la bête en elle ne l'accepterait jamais. Et là, elle ne pourra plus répondre de ses agissements. Comme la dernière fois...

Péniblement, elle avançait sur le sol enneigé, alors qu'elle aperçut une lueur au loin. Un campement. Des humains, du feu... ? Peut-être de la nourriture ? Du chaud ? Oui... mais des humains, sans aucun doute. Elle s'approchait discrètement, cherchant à ne pas se faire remarquer. Une fois relativement proche, elle le vit. Il ne s'agissait pas d'un groupe d'humains... mais d'un seul. À sa vue, son estomac grognait légèrement, mais elle se mordit la lèvre, tentant de contenir cette pulsion meurtrière. Devait-elle s'approcher, et tenter d'établir un contact avec lui, pour espérer se réchauffer et manger... ? Ou bien partir ? La solution la plus sage, et sûre pour cet homme, était qu'elle parte. Elle sentait néanmoins son corps refuser de faire marche arrière, alors elle l'observa un moment, caché derrière ce tronc d'arbre.

Elle ignorait combien de temps elle allait pouvoir rester ici pour se décider de quoi faire. Sans doute finirait-il par la voir... et si cela arrivait ? Que devait-elle faire... ? Partir en courant ? Encore une fois, elle ne savait pas... elle ne pouvait se fier qu'à son instinct, mais pas celui dicté par la bête.

Publié le 01/09/2020 à 14h35

Chakra bleu

En cette première année de la nouvelle ère Makuo était déjà protecteur pour la caravanne de marchands qui l’avait recueilli six ans auparavant. Le plan actuel des marchands était de traverser la toundra depuis Kozan afin d’écouler les marchandises qu’ils ramenaient de la mine à Aisu. Là-bas ils investiraient une partie de l’argent gagné en peau ou en ivoire, qu’ils revendraient ensuite ...

Le problème de la caravane était qu’il fallait traverser les blancs de neige pour atteindre Aisu. Seulement, cette contrée étant très sauvage la caravane aurait été une proie facile pour des animaux sauvages. Makuo avait donc été envoyé en avant pour mettre hors d’état de nuire toute menace sur l’itinéraire de la caravane. Le shinobi amnésique était largement assez puissant pour gérer ça seul.

Il voyageait seul depuis trois jours et avait éliminé quelques guépards des neiges quand il repéra un troupeau de yacks. Il ne pouvait pas les éliminer tous, pas parce qu’il n’en avait pas les moyens mais parce que ça n’aurait pas été humain. Il se contenta de les effrayer à l’aide de quelques techniques katon pour les faire fuir loin de l’itinéraire de passage de la caravane.

Il tua quand même une des bêtes pour avoir de quoi manger et passa une partie de la journée à dépiauter l’animal. Il alluma facilement un feu et mit quelques bons morceaux à griller. Makuo s’assit sur un tronc qui trainait là et attendit que la viande de yack cuise tout en se délectant de la bonne odeur qui se répandait dans l’air ...

Publié le 01/09/2020 à 15h04

Chakra bleu

La Minashigo observait la scène avec un certain intérêt, et une douce odeur se profilait dans l'air. Une odeur de viande, qui ne manquait pas de titiller les papilles de la jeune femme. De la nourriture, et du feu... la seule ombre sur le tableau était cet humain. Quel plan devait-elle adopter ? Attendre qu'il s'éloigne pour lui dérober la nourriture ? S'approcher de lui et tenter de le convaincre ?

« Tuer. »

À cette voix, elle se mordait frénétiquement la lèvre, cherchant à contenir cette pulsion. La malade n'en pouvait plus de voir le sang couler, surtout par ses mains. Pourquoi ne pouvait-elle pas vivre une vie normale ? Pourquoi devait-elle être un monstre ? La vie ne lui avait pas fait de cadeaux, et il était possible qu'aujourd'hui cela arrive également.

Après, si jamais il fuyait... cela lui laisserait la viande, et le feu pour elle. C'était une idée, mais cela condamnerait cet homme au froid et à la faim. Les Minashigo n'étaient généralement pas habitué à penser ainsi aux autres, et pourtant c'était bel et bien son cas.

Prenant son courage à deux mains, elle décida d'avancer vers le campement. L'homme allait bientôt commencer à manger, et c'est ce moment-là qu'elle choisit pour rentrer en contact avec cette personne. Elle s'avançait, montrant sa position. Bien qu'elle était encapuchonnée, ses cornes en sortit par deux trous sur le dessus. Les trous étaient imparfaits, déchirés à la main.

« ... Ne... N'ayez pas peur, je vous en prie. Je ne vous veux aucun mal. »


Elle risquait un pas de plus.

« Je cherche simplement à manger, et à me réchauffer. »


Elle ne disait rien de plus. Ne lui vouloir aucun mal, dans un sens c'était vrai, dans un autre, elle ne se contrôlait pas. Elle estimait néanmoins que si ses besoins primaires étaient satisfaits, que son instinct de monstre ne devrait pas trop prendre le dessus. Du moins, c'était en théorie... car le monstre est malheureusement imprévisible.

Publié le 01/09/2020 à 15h51

Chakra bleu

Alors que Makuo allait entamer un repas à l’allure de festin dans cette contrée il entendit une voix. Immédiatement il se mit en alerte et se retourna pour assister à un spectacle déroutant. Face à lui se tenait une adolescente, une partie des ses vêtements était mouillée et elle avait l’air de greloter. Elle semblait fragile mais les cornes sur sa tête l’intriguait.

Elle lui dit qu’elle ne lui voulait pas de mal et qu’elle avait faim et froid. Comment refuser quoi que ce soit à une jeune fille dans cet état ? Il lui sourit et lui dit en désignant la souche sur laquelle il était assis :

« -Installe toi, ce sera bientôt prêt. »


Suite à quoi il retourna à son barbecue. Non mais sans blague c’était quoi ça ? Comment une adolescente pouvait bien faire pour survivre ici ? Il ne faisait pas de doute que ce n’était pas une adolescente normale, elle avait des cornes, même dans le monde des ninjas un tel prodige était rare. Il avait parcouru une bonne partie du continent et il n’avait jamais rencontré d’humain avec des cornes. Ce n’était pas non plus une raison pour la chasser du campement, il était assez fort pour se défendre au cas où ce serait un piège, du moins le pensait-il, et il faisait partie d’une communauté de voyageurs. Pour eux l’hospitalité et l’entraide étaient des concepts sérieux.

Lorsqu’il estima que la viande était assez cuite il en tendit un morceau à la fille et en prit un autre pour lui même.

« -Mange, ça va te faire du bien. »


Elle semblait en piteux état, si elle était malade ou blessée il ne pourrait rien pour elle puisqu’il n’était pas ninja-médecin. Au pire pourrait-il la ramener aux marchands, la caravane devait bien avoir un rebouteux. Quoique, serait-ce prudent d’emmener une inconnue à la caravane. Inconnu. Lui aussi était un inconnu pour elle, il décida donc de se présenter :

« -Au fait ... Je m’appelle Makuo. Et toi c’est comment ? »


Il enchaîna ensuite en posant les questions qui lui brûlaient la langue :

« -Dis moi, qu’est-ce qu’une adolescente fait seule dans une région aussi inhospitalière ? »

Publié le 01/09/2020 à 18h35

Chakra bleu

La jeune femme s'approchait donc de cet homme. Allait-il fuir ? Allait-il la chasser ? Ces deux options étaient les options les plus probables, les plus sensées selon elle. Et pourtant... Il n'en était rien. L'homme accepta de l'inviter... ? La Minashigo l'observait d'un air douteux et sceptique. Etait-ce un piège ? Elle devrait peut-être partir en courant, et ne pas faire demi-tour, mais à cette seule pensée, son ventre grognait. Elle avait faim, n'ayant rien mangé depuis presque deux jours. Et elle avait froid. Bien qu'elle aimerait, elle ne parvenait pas à se laisser mourir, tout simplement... C'était bien trop difficile.

Doucement, et sur ses gardes, elle s'approchait davantage. Néanmoins, en sentant la chaleur des flammes, son entrain se multiplia, et s'approchait plus rapidement, s'installant dans son campement.

« M-Merci... »


La jeune femme ne savait pas quoi dire, ni quoi faire. Elle n'était plus habitué aux contacts envers les humains, elle qui avait vécu seule si longtemps. Et pourtant, cet homme ne semblait pas être effrayé par elle. Il pouvait voir ses cornes, et a pu apercevoir sa queue, ainsi que maintenant ses griffes acérées maintenant qu'elle se réchauffait les mains devant le feu de camp. Lorsqu'il lui proposa un morceau de viande, elle le regardait dans les yeux avec une rare lueur.

La viande dans les mains, à portée de bouche, elle semblait hésiter. Devait-elle le manger ? Ne faisait-il pas ça seulement par pitié ? Par peur de représailles ?

« Vous... êtes sur ? Ce n'est pas simple de se nourrir, par ici... Alors, je... »


La jeune Aïko fit une pause, se reprenant dans son bégayement.

« Les hommes de grande bonté se font rares... »


Elle était hésitante, et l'écoutait ensuite. Il se présentait sous le nom de Makuo, et il lui demandait ce qu'elle faisait ici. Il était vrai que ce n'est pas tous les jours que l'on croisait quelqu'un dans ces contrées enneigées, surtout par les temps qui courent.

« Je... m'appelle Aïko. Et je suis ici, parce que... »


Elle hésitait un instant avant de continuer sa réponse. La Minashigo le regarda, puis observait les alentours pour voir si quelqu'un d'autre était dans les parages, et les espionnait. Suite à quoi, elle leva la capuche, dévoilant son visage au complet. Makuo pouvait observer un peu mieux les écailles sur son visage, et bien mieux les cornes qu'elle avait. Cela n'avait rien d'un artifice vestimentaire, les cornes lui sortaient réellement du crâne.

« Les humains me fuient, et me rejettent, car je suis un monstre. Alors je me suis exilée, là où personne ne vit. »


En disant cela, elle observait cet homme aux cheveux roux.

« Enfin, presque... Mais j'ai de plus en plus de mal à vivre dans ces conditions... alors j'essaye d'échapper à ces terres, avant que le froid ne gagne en intensité. »


Une question lui brûlait les lèvres. Elle était encore jeune à cette époque, ces crises étaient moins fréquentes, mais elle avait toujours le physique d'un monstre. Ou plutôt, d'une humaine aux traits monstrueux.

« Je... Enfin, vous... Vous n'avez pas peur de... moi ? Du monstre que je suis... ? Si jamais je vous fais peur, dites-le moi, et je m'en irais... je ne tiens pas à vous importuner... »


Bien qu'il n'avait pas l'air d'être effrayé, au contraire même, elle préférait s'assurer qu'il ne cherchait pas juste à le cacher, par peur de réaction de sa part.

Publié le 04/09/2020 à 21h03