Vaincue


Ploc… Ploc.. Ploc… Le doux bruit de la pluie sur mon visage. Mon visage dans la boue. Mes yeux qui se ferment. Mon souffle qui s’atténue. Je sombre.

[...]

A cet instant, je suis lamentable... Alors ne me laisse pas ainsi… Vas-y. Achève-moi...

[...]

Je suis toujours en vie. Enfin, à demi. Et je suis... enchaînée. J’ouvre les yeux sur d’anciens camarades de guerre. Ou disons que, je suppose qu’ils le sont. Ma considération pour les civils étant limitée, je ne m’étais jamais donnée la peine d’observer leurs visages auparavant. Et c’était uniquement car mes mains étaient sous scellées que je m’y attardais aujourd’hui.

C’est désespérément... ennuyeux d’être ici…

Mais ce serait stupide d’agir dans la précipitation. De la même manière qu’il était stupide de croire que j’écraserais Kumo presque à moi seule. De la même manière qu’il était stupide de croire que je pouvais me mesurer à n’importe quels vampires qui croiseraient ma route sans me soucier un seul instant des forces et des faiblesses de mes alliées. Je suis vraiment lamentable… Je prends toutes les pires décisions… Je soupirais intérieurement. Et que vont-ils faire de moi maintenant ?

La porte sécurisée de la prison s’ouvre dans un bruit sourd. Quelques types passent devant les cellules. Ils nous dévisagent. Tous. Comme cherchant la brebis à abattre pour leur festin du soir. Et bien sûr, celle dont la chair semble la plus tendre n’est nul autre que... moi.

« Je pense prendre celle-ci, elle est jeune. Un peu défigurée et mal en point - vous me ferez un bon prix - mais sa petite taille et son visage d’enfant devrait être de bons atouts pour mon affaire. »


Puis ils s’éloignèrent pour continuer leur tour des cellules et régler les dernières formalités.

Un gardien s’approche et me détache. Il me traîne par le bras pour me hâter de me redresser. C’est pénible... de se lever… C’est pénible de marcher… C’est même pénible de respirer. Et c’est seulement à ce moment-là que je me rends compte à quel point je suis mal en point.

Je rejoins alors le vieux type dégarni avec son air un peu simplet de tout à l’heure. Il m’emmène dans son échoppe et commence à m’expliquer comment je vais laver la vaisselle, passer le balai et servir ses clients. Non mais… Je rêve ? Je fais quoi ici ?

J’observe avant d’agir. J’observe…

Et finalement, je m’étais laissée prendre au jeu.

Il faut dire que mes possibilités étaient limitées. Rappelez-vous, j’arrivais à peine à marcher. La tâche ne m’enchantait pas, mais c’était finalement une bonne opportunité pour moi d’en apprendre plus sur la tournure des évènements. C’était un lieu de passage, une petite taverne assez intimiste dans laquelle les gens étaient assez bavards, et d’autant plus après quelques verres de sakés. Mes cheveux blancs trahissaient mes origines et amenaient souvent sur la table le sujet de la guerre qui venait juste de décimer les miens.

J’apprenais tout un tas de choses. Ils avaient rasé mon village. Ils payaient pour s’offrir le corps des plus charmantes Kirijins. Ils se bousculaient dans la grande arène pour voir d’anciens alliés se taper dessus. Hum… A croire que moi, je m’en sortais plutôt bien.

Vous vous demandez peut-être pourquoi je suis là ? A servir le thé plutôt qu’à me donner en spectacle dans la fosse aux lions à l’instar de mes anciens équipiers ?

La raison est simple. Ils ignorent que je suis un shinobi. Ils ignorent ma force. Ils ignorent la menace que je représente… Mais, cette information n’allait pas rester secrète éternellement. Nous y reviendrons en temps voulu.

Car avant cela, j’ai quelque chose d’important à vous apprendre.

Kitai n’est pas mort.

Et je vais le retrouver.

Publié le 28/10/2020 à 01h30